Elitenews.ci/Depuis 2011, la Côte d’Ivoire a entrepris une métamorphose radicale de son agriculture. En quatorze ans, le secteur est passé d’une gestion extensive à un modèle structuré et industriel, s’affirmant comme le poumon d’une économie nationale en pleine ascension. Entre explosion des rendements, sécurisation foncière et industrialisation, bilan d’une transformation qui fait école en Afrique.
Le point de départ de cette renaissance réside dans une restructuration profonde de la gouvernance. Dès 2011, l’État a rompu avec l’informel en créant des organes de régulation puissants tels que le Conseil du Café-Cacao, le Conseil du Coton et de l’Anacarde, le Conseil de l’Hévéa-Palmier à Huile… Cette architecture a permis de discipliner les marchés et de sanctuariser les revenus des paysans. Cette gouvernance refondée a pour but de susciter une prospérité partagée.
Cette vision s’est traduite par une injection massive de capitaux à travers deux Plans Nationaux d’Investissement Agricole (PNIA). Le résultat est sans appel. plus de 1 000 projets privés ont vu le jour, mobilisant plus de 128 milliards FCFA. L’agriculture n’est plus perçue comme une activité de subsistance, mais comme un business attractif pour l’investissement privé.
La bataille du foncier, une question de sécurité pour investir
L’un des piliers les plus critiques de cette réforme a été la gestion des terres. Sans titre de propriété, l’agriculteur ne peut investir sereinement. Avec la création de l’Agence Foncière Rurale (AFOR) en 2016, l’État a opéré un changement d’échelle historique. Les ressources allouées au foncier ont bondi de moins d’un milliard FCFA en 2011 à près de 150 milliards FCFA en 2024. Cette accélération, portée par la digitalisation, a permis de délivrer plus de 70 000 certificats fonciers couvrant 704 000 hectares. En délimitant plus de 5 000 villages, la Côte d’Ivoire s’attaque frontalement aux conflits ruraux et prépare une couverture totale du territoire d’ici 2030, condition sine qua non d’une agriculture moderne.
L’exportation, le sacre de la valeur ajoutée
Les filières de rente, traditionnelles locomotives de l’économie, affichent des records. Le cacao, colonne vertébrale du pays, a vu sa production passer de 1,51 à 1,89 million de tonnes en 14 ans, avec des prix bord champ historiques atteignant 2 800 FCFA pour la campagne 2025-2026. Mais la véritable victoire est industrielle. c’est celle de la transformation locale a bondi de 83 %, atteignant 754 218 tonnes en 2024.
L’anacarde suit cette même trajectoire spectaculaire. De 400 000 tonnes en 2011, la production a plus que doublé pour atteindre 944 673 tonnes, avec un taux de transformation locale qui s’établit désormais à 36 %. Plus impressionnant encore, la filière hévéa a enregistré une croissance de 600 %, propulsant le pays au rang de géant africain du caoutchouc naturel avec 1,69 million de tonnes produites.
Souveraineté alimentaire, quand le défi du vivrier est relevé
Parallèlement aux cultures de rente, la Côte d’Ivoire a consolidé son « ventre ». La production vivrière a tout simplement doublé, passant de 11,5 à 23,6 millions de tonnes. Le riz est un enjeu stratégique de souveraineté qui a vu sa production tripler (1,55 million de tonnes). Il en est ainsi pour le maïs dont la progression est de 173 % et le manioc qui a franchi la barre des 8,4 millions de tonnes. Cette performance est le fruit d’une mécanisation accrue et du développement de périmètres irrigués, permettant de s’affranchir partiellement des aléas climatiques.
Infrastructures et conditions de vie qui a changé le visage de la ruralité
Pour que cette richesse ne reste pas bloquée dans les champs, l’État a investi massivement dans la logistique rurale. Près de 30 000 km de pistes ont été réhabilités pour faciliter l’évacuation des produits. La distribution de milliers de tricycles et camions, alliée à la construction de près de 400 magasins de stockage, a permis de réduire drastiquement les pertes post-récolte. L’impact est aussi social. L’installation d’écoles, de centres de santé et de logements pour les enseignants en zone rurale a permis d’améliorer le cadre de vie des producteurs, freinant ainsi l’exode rural et stabilisant le tissu social. En quatorze ans, la Côte d’Ivoire a prouvé qu’une volonté politique ferme, appuyée par une gouvernance rigoureuse et des investissements ciblés, peut transformer un secteur primaire en une économie agricole robuste. Désormais tournée vers l’industrie 4.0 et une agriculture plus résiliente face au changement climatique, la Côte d’Ivoire ne se contente plus de nourrir sa population, elle exporte son savoir-faire et s’impose comme le modèle de développement inclusif du continent.
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