(Abidjan, le 05 aout 2025) – Le 17 juillet 2025, la Côte d’Ivoire a marqué l’histoire financière africaine en devenant le premier pays d’Afrique subsaharienne à émettre un Samurai Bond de 50 milliards de yens (336 MUSD) levés à un taux fixe de 2,3 % sur 10 ans, avec une garantie de la Japan Bank for International Cooperation (JBIC) et un label ESG.
Cette nouvelle opération intervient après un Eurobond de 1,75 Md USD en mars 2025 et une émission de 220 Md FCFA libellés en franc CFA et remboursables en euros sur le marché international (une autre première dans l’histoire financière africaine).
Selon Prosper Ifèdé ALAGBE, président du réseau 2i-Afrique et fondateur de FoFoMentor.com, Senior Lead Risk Manager – ISO 31 000, la Côte d’Ivoire bénéficie actuellement de plusieurs succès qui s’inscrivent dans une stratégie globale de diversification des sources de financement du pays. Cette réussite ivoirienne repose sur plusieurs piliers. Notamment un cadre macroéconomique crédible avec une croissance prévue à 6,3 % en 2025, une dette contenue à 58,1 % du PIB. Une diplomatie économique active (roadshow au Japon). Une stratégie ESG claire, alignée sur les normes ICMA. Et surtout, le soutien de la JBIC, institution notée A+, qui a réduit la perception du risque.
Toujours selon notre expert, la Côte d’Ivoire demeure donc à ce jour un cas pionnier difficile à égaler sans une forte préparation.
Ce qui revient à relever que l’exploit ivoirien pourrait néanmoins servir de tremplin pour renforcer la présence UEMOA sur les marchés obligataires asiatiques.
Un signal fort de la capacité des économies africaines
Il indique que l’émission du premier Samurai Bond ivoirien est un signal fort de la capacité des économies africaines à s’intégrer dans les circuits financiers mondiaux alternatifs. Mais la scalabilité de ce modèle suppose des prérequis exigeants, notamment solidité macroéconomique, rigueur ESG, expertise technique, et diplomatie ciblée.
Pour le président Alagbé, cette opération pour les pays de l’UMOA, doit être perçue non comme une formule à copier, mais comme un cap stratégique à viser, dans une logique de différenciation et d’innovation financière maîtrisée.
À cet effet, une question centrale selon lui se pose après cet exploit ivoirien. Celle de savoir si les autres pays de l’UMOA peuvent suivre le même chemin ?
« La réponse est oui, mais sous certaines conditions strictes. Soit à l’issue d’une stabilité macroéconomique et notation souveraine crédible. D’un projet ESG identifié et bien structuré. D’une compétence juridique et financière interne. D’un accès à des partenaires financiers garants crédibles et bien notés. D’une diplomatie économique proactive », note-t-il.
Les pays qui peuvent aussi prétendre au Samurai Bond
Parmi ces pays figurent le Sénégal et le Bénin. Concernant le Sénégal, l’expert indique qu’il bénéficie d’un fort taux de croissance, d’une expérience des marchés internationaux et d’un portefeuille ESG structurable (mais sa dette élevée et les tensions politiques récentes limitent ses marges). Le Bénin, plus petit économiquement, affiche une rigueur budgétaire saluée, une bonne notation souveraine, et a déjà émis avec succès un Green Bond, preuve de sa capacité technique et de son engagement sur les thématiques ESG. Toutefois, il reste peu visible diplomatiquement en Asie, ce qui pourrait limiter l’accès à des partenaires comme la JBIC.
Encadré : Attention à ces risques à ne pas négliger
Au regard de cette embellie, il est toutefois important de relever que cet exploit ivoirien au Japon s’accompagne de risques à ne pas négliger, Le président du réseau 2i-Afrique, Prosper Ifèdé ALAGBE mentionne un risque de change significatif. En effet, les recettes de l’État ivoirien sont en francs CFA, mais la dette est libellée en yens. En cas de fluctuation défavorable JPY/USD, ou JPY/EUR le coût réel du remboursement pourrait exploser. « Pour rappel, il n’existe pas de parité directe officielle entre le yen japonais (JPY) et le franc CFA BCEAO (XOF). En pratique, le taux JPY/XOF est obtenu indirectement par croisement via une devise pivot, généralement l’euro (EUR) ou le dollar américain (USD). Depuis deux ans, le taux indirect JPY/XOF a globalement oscillé entre environ 3,75 et 4,23 XOF pour 1 JPY. Le taux moyen reste stabilisé autour de 4 XOF pour 1 JPY, mais les fluctuations observées (±5 % environ en 2025) exposent clairement la Côte d’Ivoire à un risque de change non négligeable » retient-t-il. Parmi ces risques d’ordre opérationnel à surveiller, on dénote un risque de conformité ESG stricte, suivi technique exigeante. Un risque de réputation à considérer résultant d’un mauvais usage ou une mauvaise traçabilité des fonds pourrait affecter la crédibilité d’Abidjan.
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