Elitenews.com/Dans une lettre ouverte poignante adressée à Monsieur Sidi Tiémoko Touré, Ministre des Ressources Animales et Halieutiques, Ouattara Arlette, figure montante de l’entrepreneuriat avicole à Yamoussoukro, tire la sonnette d’alarme.
Entre ambitions de souveraineté alimentaire et réalités fiscales étouffantes, elle dépeint un secteur à la croisée des chemins.
L’histoire de Ouattara Arlette est celle d’une résilience exemplaire. Diplômée en Production Animale, cette jeune femme a transformé l’absence d’opportunités salariales en une force créatrice. De ses premiers 250 poulets de chair à une distribution mensuelle atteignant aujourd’hui 1 200 plateaux d’œufs, elle incarne cette jeunesse ivoirienne qui a répondu à l’appel de l’auto-emploi. Pourtant, ce succès durement acquis est aujourd’hui menacé par une décision administrative, l’imposition de la TVA sur les intrants avicoles.
Une fiscalité qui « étouffe » l’essor de la jeunesse
Tout bascule le 29 décembre 2025, lorsque l’INTERAVI annonce une TVA de 18 % sur les intrants. Si la Direction Générale des Impôts (DGI) a par la suite ramené ce taux à 9 %, pour Ouattara Arlette, le compte n’y est pas. « Cette taxe demeure une charge étouffante », explique-t-elle. Pour les petites structures, chaque point de pourcentage supplémentaire n’est pas qu’un chiffre comptable, c’est une menace directe de faillite.
L’impact économique est mécanique : la hausse des coûts de production entraîne une envolée des prix de vente. Le danger est alors double. D’une part, une chute drastique du pouvoir d’achat des consommateurs, et d’autre part, un risque de perte totale de production. « Le vivant n’attend pas », rappelle l’entrepreneure. Si les œufs ne s’écoulent pas par manque de moyens des clients, ce sont des mois de sacrifices qui périssent en quelques jours.
Des plans d’affaires devenus obsolètes
Le plaidoyer de Mme Ouattara met en lumière des difficultés fiscales comme la fragilisation des projets en cours de financement. Sélectionnée en 2023 par Côte d’Ivoire PME, elle a franchi toutes les étapes pour obtenir un soutien financier. Cependant, le plan d’affaires validé en novembre 2025 reposait sur des coûts de production désormais caducs.
« Dans mon devis, le poussin était estimé à 500 FCFA et le sac d’aliment à 19 000 FCFA au maximum. Si les fonds sont décaissés avec les nouveaux coûts induits par la TVA, le prêt deviendra-t-il un levier de croissance ou un fardeau financier impossible à rembourser ? »
Cette interrogation souligne le dilemme de nombreux jeunes agri-preneurs : comment rester rentable et honorer ses créances quand les charges fixes augmentent brutalement avant même le début de l’exploitation ?
Un enjeu de santé publique et de cohésion sociale
Au-delà de son cas personnel, Ouattara Arlette refuse la solution de facilité consistant à répercuter systématiquement les coûts sur le consommateur final. Elle rappelle que l’œuf et le poulet constituent les sources de protéines les plus accessibles pour la population ivoirienne.
Lutter pour la révision de cette taxe est, selon elle, un acte patriotique. Il s’agit de garantir que chaque Ivoirien puisse continuer à se nourrir dignement sans que la fiscalité ne rende l’alimentation inaccessible. Elle conclut son plaidoyer en appelant à une oreille attentive du Ministre pour que les efforts de la jeunesse ne soient pas balayés par une pression fiscale inadaptée.
Il est important de rappeler que le secteur avicole ivoirien est très dynamique et génère plus de 170.000 emplois (50 000 directs et 120 000 indirects) en dépit des évènements de 2021 avec la grippe aviaire notamment dans les localités de Mondoukou, Mohamé, Modeste, Bingerville, Songon et Bouaké.
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