Elitenews.ci/Malgré une croissance robuste de 6,1 % en 2024, le modèle ivoirien arrive à une étape charnière. Selon le Rapport pays 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), la pérennité de ce succès dépendra de la capacité du pays à mieux valoriser ses gisements de capital naturel, humain et financier.
La Côte d’Ivoire confirme son statut de moteur de l’UEMOA. Avec une croissance projetée à 6,3 % en moyenne pour 2025-2026, le pays bénéficie d’une inflation maîtrisée (3,5 %) et d’un assainissement progressif de ses finances publiques. Le déficit budgétaire, ramené à 4 % du PIB, témoigne d’une gestion rigoureuse, tandis que le secteur financier reste solide avec un ratio de solvabilité de 13,8 %, bien au-delà des normes communautaires. Cette dynamique est portée par des projets structurants majeurs, notamment l’exploitation du champ pétrolier Baleine, et une consommation intérieure qui ne faiblit pas. Sur le plan extérieur, l’attractivité du pays se confirme avec les Investissements Directs Étrangers (IDE) qui ont enregistré une progression spectaculaire de 65 % en un an.
L’enjeu de la transformation des ressources
C’est le point de vigilance soulevé par la BAD. Selon l’institution financière, la Côte d’Ivoire est riche, mais son capital s’érode. Si les revenus du binôme café-cacao ont bondi de 35 % soit 734 milliards FCFA en 2024, le capital naturel par habitant a chuté de près de 49 % en vingt-cinq ans. La déforestation et l’absence d’une comptabilité environnementale rigoureuse pèsent sur la durabilité du modèle. Pour la BAD, l’enjeu est de transformer ces ressources extractives et agricoles en leviers financiers durables, plutôt que de simplement consommer le stock naturel. Pour accélérer sa transformation structurelle, le pays doit mobiliser 3,2 milliards de dollars supplémentaires chaque année. Or, deux obstacles majeurs freinent cette ambition. Premièrement, une pression fiscale encore faible à 13,8 % du PIB, elle reste loin de l’objectif de 20 % fixé par l’UEMOA, principalement à cause du poids du secteur informel. Deuxièmement, un capital humain à optimiser car malgré une hausse de l’espérance de vie (61,9 ans), l’indice de capital humain (0,38) révèle une inadéquation entre la formation des jeunes et les besoins réels des entreprises.
Vers un nouveau souffle entrepreneurial
Le tissu économique reste dominé à 95 % par des PME qui peinent encore à accéder aux financements de long terme. La BAD préconise donc une accélération des réformes de gouvernance et une formalisation accrue de l’économie. L’objectif est clair, approfondir le marché financier national pour que le capital privé prenne le relais de l’investissement public. En somme, si les indicateurs sont au vert, la Côte d’Ivoire doit désormais passer d’une croissance de quantité à une croissance de qualité, mieux répartie et plus respectueuse de ses actifs naturels et humains.
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